"La 3e voie…"

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Fabienne, Professeur des écoles, Académie de Paris

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Effrayée par mon stage terminal de 2 mois dans un CM2 dans une ZEP très dure, je ne demande que des postes en maternelle, moi qui ne l’avais jamais envisagé.

Après 5 ans, je décide de passer en Élémentaire. Les niveaux disponibles annoncés dans la nouvelle école sont un CE2 et un CP. Je sors d’une Grande Section, le directeur me convainc que le CP est presque comme la GS, que je ne serai pas dépaysée et que c’est mieux que l’autre nouvelle collègue, enceinte, prenne le CE2.

Soit, c’est parti pour le CP. Je n’y ai jamais songé, je ne connais aucune méthode de lecture, je n’ai eu aucune formation à l’école normale : j’ai seulement fait un stage dans un CP et nous avons travaillé sur album…

Je prends ce qu’il y a dans la classe : une méthode toute neuve Boule et Bill. Même complètement ignorante, je trouve qu’il y a beaucoup à lire pour un début CP quand les élèves ne savent pas lire. Je tape les textes sur mon ordinateur, je les réduis en les simplifiant. Je prépare des fiches phonologiques en plus. Je travaille tous les soirs jusqu’à 23h30. Rien n’y fait, les collègues de l’étude me reprochent que les élèves ne puissent pas lire ce que je leur donne. Et pourtant, j’ai simplifié, je fais comme il est écrit dans le guide du maître. Je ne comprends pas, je n’ai en fait même pas réalisé que c’est une méthode globale. A la fin de cette année 4 élèves redoublent, ils n’ont rien appris en lecture et je ne parle pas du niveau de ceux qui passent.

Deuxième année, encore plus de travail, plus de phonologie, je prépare de la combinatoire en plus sur le cahier du soir. Re-belote, 4 élèves redoublent.

Minée, j’abandonne, je quitte le CP, et je prends un CE1/CE2 avec un élève de CE1 non-lecteur et une élève de CE2 atteinte de saturnisme. Je continue à exploser mon temps de travail.

Je reprends un CP, cette fois-ci avec Ratus (honni par l’IUFM) associé aux gestes de Borel-Maisonny. J’attends avec impatience le début de la combinatoire qui n’arrive qu’à la Toussaint. Je présente le nouveau phonème, je fais lire la page de droite en sautant les questions ou vrai-faux. Je ne m’attaque à la partie compréhension que le jour suivant. Le texte n’est pas totalement déchiffrable par les élèves, je bidouille. Je lis à haute voix. Je passe dessus rapidement. C’est dur mais moins, je réalise que j’apprends à lire à mes élèves et non pas seulement qu’ils apprennent à lire malgré moi. Je rencontre un de mes anciens élèves qui est maintenant en CLIS1 et qui n’avait pas appris à lire avec moi, je culpabilise.

L’inspecteur n’appréciera pas ce qu’il verra. Il ne connaît rien à l’apprentissage de la lecture, il le reconnaît mais il répète ce qu’il a entendu. Je n’y connais pas grand-chose, il m’est difficile de lui opposer des arguments autres que mon ressenti.

En fin d’année, pas de redoublants (heureusement car je suis en ZEP et les élèves ne sont que 17 !) mais des élèves ne maîtrisent que les sons simples.

Je jette l’éponge. Je rejoins la masse des collègues effrayés ou dégoûtés du CP.

Six ans passent. La bataille des méthodes des lectures s’amplifie. Je lis L’art de lire de José Morais. Je suis convaincue, c’est la base théorique qui me manquait. Je cherche sur Internet, je découvre la méthode Léo et Léa. C’est décidé, je tente à nouveau l’expérience. Et là, ça marche. ÇA MARCHE !

Je présente le ou les nouveaux phonèmes, le geste Borel-Maisonny associé. Mes élèves s’entraînent, ils apprennent. Ils sont ravis, leurs parents aussi et moi je ne ressens pas d’inquiétude. Du simple au complexe, tranquillement, je n’ai plus besoin d’attendre un éventuel miracle qui fera passer mes élèves du stade de non-lecteur à celui de lecteur. Je suis précisément leur progression.

Enthousiaste, j’en parle à ma sœur, en ZEP elle aussi, qui pratique Gafi pour la 5ème année consécutive. Je la convaincs, elle essaie.

Comme moi, elle ne reviendra jamais en arrière.

Mon nouvel inspecteur me fait remarquer que je ne respecte pas scrupuleusement les programmes (de 2002). Certes, je ne peux pas le nier. Il refuse d’entendre mes arguments sur le choix de ma méthode. Dialogue de sourds. Il reconnaît finalement que mes élèves ont un bon niveau.

Je m’en moque, j’ai ressenti le désespoir face à l’échec massif de certains de mes élèves. Ce qui compte par dessus-tout, c’est qu’ils réussissent, tous.

Par le biais de Léo et Léa, je découvre la pédagogie explicite. Je la mets en application lors de mon 3ème CP avec Léo et Léa. Mes élèves sont encore meilleurs : je peux d’autant plus le juger que je présente la même évaluation en fin d’année. Ils s’épanouissent dans le rituel très structurant du déroulement type d’une séance en pédagogie explicite. Ils expliquent plus clairement à leurs parents ce qu’ils ont appris dans la journée.

En 3 ans, un seul de mes élèves redoublera. Il sera orienté au cours du deuxième CP en CLIS1. Avant son départ, il sera capable de lire malgré tout quelques sons simples. L’an prochain, deux de mes collègues utiliseront Léo et Léa et la progression en pédagogie explicite que j’ai préparée.

Mise à jour le Dimanche, 20 Décembre 2009 14:17  

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