"La 3e voie…"

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Home Témoignages Patrick, Professeur des écoles, Académie de Toulouse

Patrick, Professeur des écoles, Académie de Toulouse

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Voilà maintenant quelques mois que je mets en place un enseignement explicite dans ma classe de CM1-CM2. J'ai commencé par respecter sur quelques séances le modèle en 7 étapes à savoir : présentation, modelage, pratique guidée, pratique autonome, objectivation, réinvestissements, évaluations. Les résultats que j'obtenais avec les élèves étaient sans précédents et supérieurs à tous ceux que j'ai pu observer durant ma carrière (à peine 12 ans). Aujourd'hui, systématiquement, je travaille dans ce sens. Les élèves sont très bien entrés dans ce système et s'y sentent aujourd'hui très bien. Mais bien au-delà de ce que l'enseignement explicite apporte comme résultats, c'est toute une philosophie de l'enseignement qui a été modifiée ou plutôt qui s'est précisée en moi. La seule chose que je puis dire c'est que l'enseignement explicite est un enseignement du “bon sens”. C'est à force de le pratiquer que je me rends compte à quel point il est “évident”. Je ne perds plus mon temps avec de longues séances de découverte où je partais souvent d'éléments assez complexes pour aboutir à des règles que tous les élèves n'assimilaient pas et ne mémorisaient pas à long terme. Je ne perds plus mon temps à partir d'éléments complexes pour aller vers le simple mais au contraire, je fractionne les contenus en petites unités et je vais du simple au complexe. J'applique le modèle explicite et… ça roule. Je ne laisse personne en route et à titre personnel : je me régale. De plus, les élèves gardent bien en mémoire les exercices et les leçons qui ont été faites.

Oh bien sûr tout n'est pas parfait et je suis tombé (et tombe encore, mais moins souvent) dans certains pièges que je vais énoncer. De plus, les disciplines dans lesquelles je fais de l'explicite de façon systématique sont celles qui s'y prêtent le mieux (mathématiques, maîtrise de la langue), mais j'essaie tout de même de l'appliquer au reste même si pour l'instant c'est encore difficile.

Les séances se passent donc toujours de la même façon : durant la phase de modelage, les élèves sont très à l'écoute, je leur demande une attention maximale, aucun objet dans les mains (ciseaux, stylos ou autres). On pourrait croire cela ennuyeux pour eux mais en fait c'est tout le contraire qui se passe, j'essaie de faire un modelage assez court avec un minimum de connaissances à comprendre. Les élèves attendent même le “truc du maître”, la façon dont moi je procède pour faire ce qui est demandé.

Au sujet du modelage, il m'est arrivé de refaire des leçons parce que j'avais intégré dans mes explications un trop plein de connaissances à comprendre et à mémoriser. C'est là un des écueils dont je parlais plus haut. Je les ai refaites en fractionnant les contenus et tout est rentré dans l'ordre. Je faisais souvent cette erreur car je souhaitais utiliser les exercices des manuels des élèves. Or, très souvent, ils intègrent dans une même leçon un nombre trop important de connaissances. Tous les documents que Bernard et Françoise ont mis en ligne sont clairs sur ce sujet : le contenu doit être présenté de façon fractionné en petites unités et allant du simple au complexe. Cela semble évident maintenant que je l'écris, mais je pense que c'est une erreur dans laquelle on peut tomber très souvent car les manuels (qui fonctionnent en majeure partie sur le mode de la découverte) introduisent trop de notions en une séance.

J'ai bien sûr fait les mêmes erreurs en mathématiques. Je me suis rendu compte que le manuel que j'utilisais depuis des années n'est absolument pas explicite. Alors aujourd'hui, mes élèves l'utilisent encore mais uniquement en tant que banque d'exercices pour les pratiques guidées et/ou autonomes. J'ai abandonné les approches par découvertes qu'il propose et je les utilise quelquefois à ma sauce pour les modelages. Les résultats sont édifiants. Mes élèves comprennent plus vite, mieux et ils sont plus performants. Cette année, je vais enfin pouvoir finir tout ce qui était prévu avec les CM et il me restera du temps pour des révisions en juin. C'est la première fois que ça m'arrive. Et pourtant, ce sont les mêmes contenus que j'aborde. Comme quoi, un enseignement structuré permet de faire beaucoup de choses.

Donc le modelage, c'est le pied.

La pratique guidée, c'est aussi le pied. Pour moi, c'est même le cœur de l'Enseignement Explicite. Je la pratique de façon collective ou alors en binômes ou en groupes. On peut avoir fait un modelage le plus explicite possible avec le sentiment que tout a été bien compris (élèves actifs etc.) et on se rend compte quelquefois que pour certains élèves (c'est de l'ordre de deux ou trois et pas toujours les mêmes) tout n'avait pas été compris ou alors d'anciennes représentations les perturbent. Par le jeu des questions-réponses, des rétroactions, des reformulations, les élèves rectifient très vite le tir et cela fonctionne très bien.

Dans un cours à double niveau comme le mien, j'ai vite suivi les conseils de Bernard sur la liste de discussion : à savoir modelage et pratique guidée en CM2 le premier jour pendant que les CM1 sont en pratique autonome et inversement.

Comme vous pouvez le comprendre en lisant ces lignes, j'adhère totalement à l'enseignement explicite d'autant plus que les résultats que j'observe sont flagrants. Même les élèves qui avaient le plus de difficultés deviennent plus structurés et comprennent mieux les leçons ; leurs progrès sont réels.

Ayant fait dans mon cursus scolaire des études scientifiques, j'ai essayé de garder cet esprit toute cette année, j'ai donc observé des faits réels : les résultats de mes élèves. C'est là-dessus que je me base pour écrire tout cela. Concernant mon “mieux être” ressenti dans ma pratique quotidienne, même s'il n'est pas observable par des résultats, il n'en demeure pas moins aussi important. Les résultats du projet Follow Through montrent que les élèves qui ont reçu un enseignement explicite ont une meilleure “estime de soi” que les autres, alors il est évident que l'estime de soi d'un enseignant qui fait réussir ses élèves progresse aussi. Je suis aujourd'hui plus serein dans mon travail et j'ai vraiment l'impression de pratiquer un enseignement du bon sens.

Le site de “La 3e voie…” devient vraiment incontournable à mes yeux. Il m'a conforté dans certaines idées que j'avais juste en ébauche et permis de me remettre en question sur des anciennes pratiques plus constructivistes enseignées par l'IUFM. En pratiquant l'enseignement explicite, tout est devenu plus clair. Je n'en suis qu'au début mais l'envie de continuer et surtout de l'approfondir est de plus en plus manifeste.

Je profite aussi de ce témoignage pour remercier toutes les personnes qui ont créé et qui alimentent le site de “La 3e voie…”, à commencer par Bernard et Françoise qui par leurs traductions de textes, liens et autres qu'ils proposent m'ont permis de découvrir cet enseignement et me permettent de mieux comprendre chaque jour ce que je fais. Merci à toutes les personnes qui participent aux discussions car leurs réflexions nourrissent systématiquement les miennes.

 

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