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Le premier trait caractéristique fondamental de l’enseignement explicite de la lecture : la décomposition syllabique

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Le premier trait caractéristique fondamental de l’enseignement explicite de la lecture :

la décomposition syllabique

Bernard Wemague, Universitaire-Chercheur (Linguistique & Méthodologie), Bordeaux.

 

 

La nécessité de présenter les mots découpés en syllabes dans la phase initiale de construction de l’apprentissage de la lecture s’avère indispensable au vu du fonctionnement cérébral et cognitif.

La décomposition syllabique offre une meilleure visibilité des mots à travers leurs syllabes isolées les unes des autres et correspondant aux unités phonétiques associées, lesquelles se présentent comme les constituants et les identifiants de ces mots. Cela leur mérite un enseignement méthodique et systématique.

 

 

La décomposition syllabique produit une catégorie d’unité, constante distributive, à l’aide de laquelle le cerveau construit la langue et son apprentissage de la lecture.

Par sa modalité de présentation, la décomposition adapte la structure interne des mots au fonctionnement cérébro-cognitif. La mise en évidence des suites ordonnées de lettres au sein des mots est un facteur de simplification et de facilitation de la mémorisation. Le faible nombre de lettres dans chaque suite ordonnée comparativement à l’ensemble des lettres d’un mot rend davantage aisée la tâche d’élaboration cérébrale et mentale.

 

Compte tenu du faible nombre de lettres dans chaque syllabe des mots, il suffit de présenter aux élèves la syllabe accompagnée de sa prononciation pour que le couple de correspondance syllabe/prononciation (ou graphie/phonie) soit gravé par le cerveau et mémorisé par la cognition.

La prononciation à elle seule rapportée à la syllabe clairement désignée suffit aux élèves à effectuer eux-mêmes l’opération d’associations génératrices de la syllabe concernée, ou à réaliser la combinatoire, qui correspond à ladite prononciation. On mesure, de ce fait, le rôle facilitateur de la décomposition syllabique des mots pour l’apprentissage explicite de la lecture. Par ailleurs, l’apprentissage explicite de la lecture associe la graphie, la prononciation et la signification, c’est-à-dire, en définitive, l’orthographe, la prononciation et le sens, ou, pour faire court, le code et le sens, ce qui n’a pas échappé à Stanislas Dehaene selon qui le principe de la méthode syllabique repose sur la construction des relations de correspondance entre les lettres, les sons et le sens. Cet enseignement éminemment explicite exclut de façon inhérente les problèmes de déchiffrage des mots en lecture, de compréhension de ce qui est écrit et lu, d’orthographe, d’illettrisme, de dyslexie, etc. A cet égard, il est intéressant de voir l’importance accordée par les orthophonistes aux lettres et aux syllabes ainsi qu’aux mots dans le traitement des difficultés d’apprentissage de la lecture chez les élèves en situation d’échec scolaire.

 

Suite à l’hypothèse erronée de l’inexistence de syllabe en français écrit, les recherches en pédagogie de la lecture ne proposent pas de décomposition syllabique des mots, supposés mémorisés et reconnus visuellement et globalement comme étant des images indivisibles, d’autant plus que la méthode syllabique avait été bannie de l’institution scolaire vers les années 1975 au profit de la méthode globale aujourd’hui concurrencée par les méthodes semi-globales ou mixtes et les méthodes phonologiques dont le plus grand commun dénominateur est précisément l’hypothèse de l’inexistence de syllabe en français écrit.

Voilà pourquoi les manuels d’apprentissage de la lecture qui se décrivent comme syllabiques et pratiquent la segmentation des mots en syllabes sont relativement peu nombreux, sans mentionner le fait que certains auteurs de ces manuels, sous l’influence de la vogue des méthodes mixtes de conceptions à base phonologique, ne respectent pas le modèle classique de fragmentation syllabique (dont ils se refusent sans arguments valables à reconnaître l’existence) des mots en français écrit, ce qui induit un déficit de cohérence dans le découpage des mots et s’accompagne de difficultés supplémentaires.

 

Contrairement à une croyance au siècle dernier, les mots en français écrit sont des unités linguistiques divisibles en unités immédiatement inférieures appelées syllabes ; à l’opposé d’une autre idée reçue de la même époque, laquelle découle manifestement de la précédente, les syllabes existent bel et bien en français écrit, comme dans toutes les langues humaines à système d’écriture.

La décomposition syllabique est un principe de découpage des mots en syllabes légales, précisément en séquences de configurations légitimes ou permises de lettres de l’alphabet, lesquelles font office de représentation conventionnelle des unités phonétiques de la langue parlée.

Les unités graphiques issues de la décomposition syllabique des mots et les unités phonétiques correspondantes sont des constantes distributives sur différents mots dont elles constituent les facteurs de connaissance, de reconnaissance et d’identification. Ceci équivaut à affirmer que l’on connaît, déchiffre et identifie un mot du stock lexical grâce à ses syllabes, celles que la langue lui a affectées.

 

On a pensé au siècle passé que, sans avoir besoin de prononciation, le cerveau pouvait photographier les mots dans leur intégralité. Sur ce point, les résultats des recherches actuelles sont formels. Le cerveau ne peut pas filmer les mots dont les constituants alphabétiques, conventionnels par nature, subissent des variations phonétiques en fonction du contexte et de la position. Cela veut dire que l’apprentissage de la lecture des mots et l’apprentissage de leur prononciation sont indissolublement liés. L’échec par lequel se solde l’apprentissage de la lecture et qui fait débat en apporte la confirmation.

 

Une méthode de lecture explicite décompose nécessairement les mots en syllabes, étant donné la nature et le fonctionnement du cerveau, de la cognition et du langage.

Le découpage syllabique des mots est une première condition indispensable mais insuffisante de validité d’une méthode de lecture. Une deuxième condition indispensable de validité d’une méthode d’enseignement de la lecture est la combinatoire. A cet égard, il se distingue une combinatoire implicite et une combinatoire explicite. La combinatoire implicite se limite à une présentation des résultats que sont les syllabes. La combinatoire explicite présente méthodiquement et systématiquement les associations dont les syllabes sont les résultats, et c’est la condition nécessaire et suffisante de validité d’une méthode de lecture pour autant qu’elle est cohérente avec le fonctionnement cérébral, cognitif et linguistique.

A l’inverse, le facteur le plus rédhibitoire d’une méthode de lecture est un démarrage de l’apprentissage soit par des textes, soit par des phrases, soit par des mots entiers, soit par des sons, pour des raisons qui relèvent principalement de la neuroscience, de la cogniscience et de la linguistique et, par-delà, des conceptions théoriques de la science et de la méthodologie de la recherche scientifique.

 

 

Bernard Wemague

Mise à jour le Dimanche, 17 Mars 2013 21:03  

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