"La 3e voie…"

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Myriam, Professeur des écoles, Académie de Nouvelle-Calédonie

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Avant d’adhérer à la Troisième Voie, je savais depuis un bon moment que ce qu’on me disait de faire dans ma classe ne fonctionnait pas.

Le conflit socio-cognitif valorisait deux ou trois élèves brillants tandis que le reste de ma classe stagnait et les observait avec une admiration résignée.

La créativité que je sollicitais ne donnait rien, faute de savoirs sur lesquels s’exercer.

Les projets qu’il fallait absolument imaginer puis imposer dans la classe pour « donner du sens » aux apprentissages déstructuraient toute progressivité de ces mêmes apprentissages, réduisaient le temps qui leur était consacré et accessoirement rendaient flou le sens même de l’école.

J’avais essayé d’autres approches, j’éliminais ce qui ne fonctionnait pas, je grappillais plus d’efficacité en étant plus systématique.

J’étais en colère. Furieuse de voir échouer nos élèves, faute de méthodes efficaces, frustrée de ne pouvoir expliquer ce que j’avais compris dans ma pratique de classe, mais qui pesait peu face aux arguments constructivistes bien rodés, dogmatiquement énoncés et acceptés avec résignation ou ironie autour de moi.

Et puis sur Internet, de sites en sites, j’ai trouvé celui de Françoise et Bernard Appy, la Troisième Voie.

Comment dire ? Cette impression d’être arrivée chez soi, de pouvoir poser ses bagages et parler avec des gens qui ressentaient les mêmes choses que moi dans leur classe. Et sur le plan intellectuel, des recherches, des travaux qui corroboraient ce que je savais, mais surtout le mettaient en mots, l’organisaient en concepts, signalaient que ce j’estimais être un détail comme le feed back par exemple était essentiel dans ma séance. Je pouvais distinguer différents niveaux de recherche, structurer mes leçons, organiser la progression de mes apprentissages. Je gagne en technicité et en efficacité, j’échange avec des gens passionnés et intéressants et c’est un moteur professionnel hors pair. Françoise et Bernard ont quitté l’association, mais d’autres ont repris le flambeau, et je leur en sais gré.

Mais j’ai découvert autre chose, que je ne soupçonnais pas. Mon rapport à mes élèves a changé. Je n’ai jamais été vindicative, surtout avec des enfants. Mais il m’est arrivé de m’emporter contre un élève qui ne comprenait désespérément pas, d’être excédée par des hésitations sur un sujet qui me paraissait évident. Je n’en étais pas fière, je ne trouvais pas ça très professionnel, mais je me disais que ça faisait partie du métier.

Aujourd’hui je sais que c’est une question de méthode: si on vous donne une méthode qu’on pare de toutes les qualités, que vous travaillez d’arrache-pied pour l’appliquer, ni vous ni la méthode ne pouvez être en cause. En cas d’échec, c’est l’enfant qui en est responsable; ou sa famille, c’est une variante possible. Mais c’est l’élève qui écope de votre légitime colère. Il l’intègre bien, en général. Tant qu’il est petit, au fil de ces reproches, il  se persuade de sa non-valeur, et à l’adolescence il a le choix entre le statut de cancre violent ou la dérive dépressive.

Le R =E x S de Steve Bissonnette explique que la réussite (R) d’un élève est conditionnée par ses efforts (E), à lui, et notre stratégie (S), à nous. Que l’un des deux éléments vienne à manquer et il n’y a pas de réussite possible. Du coup, c’est un partenariat qui s’installe avec l’élève qui n’a pas compris: je cherche une stratégie pour mieux lui expliquer, il redouble d’attention.

Au-delà du gain important d’efficacité, la pédagogie explicite m’a permis de changer mon regard sur mes élèves et sur ma façon d’enseigner. Et d’aimer mon métier bien plus qu’avant. Je regarde autour de moi, et je vois parfois des élèves et des collègues qui souffrent dans leur classe, coincés dans des dogmes absurdes, pour des résultats peu concluants. Au gâchis intellectuel s’ajoute un gâchis humain qu’on mesure à peine. Mais je peux argumenter maintenant...

 

Myriam

Mise à jour le Jeudi, 02 Décembre 2010 19:41  

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