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La pratique guidée en pédagogie explicite

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La pratique guidée en pédagogie explicite

 

 

Si le modelage constitue le cœur des étapes de la pédagogie explicite, il ne faut néanmoins pas oublier que l’équilibre et donc l’efficacité de la démarche globale repose sur l’ensemble des étapes qui la composent.

Aussi la pratique guidée mérite-t-elle qu’on se penche sérieusement sur son cas.

La pratique guidée intervient en 3ème position dans le processus d’une leçon en Pex. L’enseignant a d’abord « ouvert » la notion que les élèves vont aborder. Il réalise ensuite le modelage : C’est là que les savoirs et les compétences prennent corps.

Vient ensuite le temps de la pratique guidée. C’est au cours de cette étape que les élèves vont s’approprier ce qui a été construit lors du modelage avec l’aide d’un tuteur : l’enseignant. Le temps de la pratique guidée constitue une des différences fondamentales entre la pédagogie traditionnelle et la pédagogie explicite. On ne passe pas de la « leçon » à des « exercices d’application ». On va petit à petit amener les élèves vers l’autonomie sur les tâches correspondant à la notion étudiée.

La pratique guidée permet d’évaluer l’efficacité du modelage.

D’où partir ?

 

 

Les tâches que vous choisirez pour la pratique guidée doivent être semblables à celles que vous proposerez en pratique autonome. Les consignes devront être identiques.

Prenons un exemple concret. Au cycle 3, vous travaillez sur les compléments circonstanciels. Vous visez les compétences suivantes :

  • Repérer un complément circonstanciel.

  • Le déplacer, le supprimer.

  • Identifier les compléments circonstanciels de temps, lieu et manière.

  • Inventer un complément circonstanciel de temps, de lieu ou de manière.

  • Enrichir son expression grâce à des compléments circonstanciels. (On dépasse le cadre de la grammaire pure mais c’est bien là que l’on souhaite arriver.)

 

C’est donc par la fin qu’il faut commencer. Choisissez avec soin les exercices de pratique autonome afin de planifier correctement la pratique guidée. Dans le cas des compléments circonstanciels, on retiendra des exercices avec les consignes-type suivantes :

  • Dans les phrases suivantes, entourez les compléments circonstanciels.

  • Dans les phrases suivantes, supprimez les compléments circonstanciels.

  • Dans les phrases suivantes, trouvez le complément circonstanciel et déplacez-le.

  • Dans les phrases suivantes, indiquez si les compléments circonstanciels sont de temps, de lieu ou de manière.

  • Dans les phrases suivantes, soulignez le ou les complément(s) circonstanciel(s) puis indiquez s’ils sont de temps, de lieu ou de manière.

  • Complétez chaque phrase avec un complément circonstanciel demandé (temps, lieu, manière).

 

Sur la base de ces exercices, vous pouvez construire votre pratique guidée.

 

Quelles modalités ?

Lors de la pratique guidée, les élèves travaillent énormément à l’oral et sont questionnés très activement, ce qui leur demande une attention soutenue. Il faut donc varier les modalités de travail :

  • Oral pur,

  • Ardoise en collectif,

  • Cahier en individuel sur un laps de temps court,

  • Travail par 2 sous certaines conditions.

 

Combien de temps ?

Une pratique guidée efficace peut rarement excéder 15 minutes, sous peine de perdre la moitié de la classe en route ! C’est la raison pour laquelle il faut enseigner de petites unités et assurer une rétroaction constante.

 

Comment s’y prendre ?

La pratique guidée est un moment intense de questionnement et de va-et-vient entre les élèves et l’enseignant qui doit s’assurer de la compréhension de tous. Lors de cette étape, ce dernier ne doit laisser aucune conception erronée s’installer chez les enfants. En effet, il est très difficile de désinstaller une mauvaise représentation mentale.

Pour se représenter cette phase d’apprentissage, on peut choisir l’image d’un parent soutenant un bébé qui apprend à marcher. D’abord, il lui tient les 2 mains et le soutient fermement. Puis il relâche son soutien, enlève une main et ainsi de suite. Bien sûr le bébé qui sait marcher seul tombera encore, mais il aura pris l’expérience qui lui permettra de savoir comment faire !

Le maître choisit une compétence à travailler et va décliner son guidage comme suit :

  • On fait comme ça : voilà la démarche.

  • Comment fait-on ?

  • Te souviens-tu comment on procède ?

Reprenons notre exemple concret. On choisit de travailler sur la suppression des compléments circonstanciels par le biais d’une consigne simple : Dans ces phrases, supprime les compléments circonstanciels.

Première étape de la pratique guidée : L’enseignant décortique la consigne tout en questionnant les élèves puis effectue l’exercice en mettant un haut-parleur sur sa pensée. Ensuite, il revient qu’ ce qu’il vient de faire en posant nombre de questions : pourquoi ?, comment ?

 

Dans ces phrases, supprime les compléments circonstanciels.

Lundi matin, Lucas a prévu de présenter son exposé.

La chatte soulève son petit avec délicatesse.

 

Haut-parleur sur la pensée du maître :

« Que me demande-t-on ? De supprimer les compléments circonstanciels. Supprimer, c’est enlever. Nous venons d’apprendre que sans les compléments circonstanciels, une phrase gardait du sens.

Comment je vais m’y prendre ? Pour les supprimer, il faut d’abord les trouver : je pourrais les souligner d’abord. Ensuite, je le supprime en vérifiant que la phrase a toujours du sens. Si ce n’est pas le cas, je me suis trompé et je dois revoir ma réponse.

 

Lundi matin, Lucas a prévu de présenter son exposé. Qu’est-ce qui me paraît apporter une précision sur ce que fait Lucas ? Lundi matin. Si je le supprime j’obtiens : Lucas présente son exposé. C’est moins précis, mais cela veut toujours dire quelque chose.

La chatte soulève son petit avec délicatesse. Même question : Quelle information précise l’action de la chatte ? Avec délicatesse. En supprimant, j’obtiens : La chatte soulève son petit. L’essentiel est toujours là. »

 

Le maître questionne ensuite : Que devais-je faire ? Comment m’y suis-je pris ? Dans quel ordre ? Comment ai-je validé ma réponse ?

 

Deuxième étape de la pratique guidée : On conserve la même consigne avec des phrases différentes. A ce stade de la pratique guidée, le maître va questionner les élèves et être très directif, l’objectif étant que les élèves reproduisent la démarche, toujours avec une forte rétroaction.

« Quelle est la consigne ? Que doit-on faire ?

Quelle méthode adoptons-nous ?

Mettez le haut-parleur sur votre pensée : décortiquez votre réponse. Comment en êtes-vous arrivés à cette réponse ? Comment la validons-nous ? »

L’enseignant adapte sa rétroaction en fonction des réactions et réponses des enfants. La teneur de son étayage dépend d’une situation « vécue ».

 

Troisième et dernière étape de la pratique guidée : Toujours sur la même tâche, l’enseignant va demander aux élèves de restituer la démarche en mettant le haut-parleur sur leur pensée. Il questionnera toujours les élèves si le besoin s’en fait ressentir.

 

 

Une pratique guidée réussie ?

On considère que la pratique guidée est achevée lorsque 80 % des élèves réussissent la tâche proposée. Il est parfois difficile d’y parvenir et nous devons nous adapter. Quand la majorité de la classe accèdera à la pratique autonome, il vous faudra peut-être repartir en pratique guidée avec certains élèves.

 

Et les tâches complexes ?

Le principal reproche que l’on peut faire à l’exemple choisi des compléments circonstanciels, c’est qu’il est relativement simple. C’est volontaire, dans la mesure où l’on souhaite clarifier les étapes de la pratique guidée.

La pratique guidée ne s’applique pas que sur des tâches relevant d’automatismes ou de compétences très cloisonnées. On peut faire la même chose sur une tâche complexe et proposer ensuite une tâche complexe analogue en pratique autonome. Les problèmes en mathématiques en sont une illustration flagrante. Choisissez un type de problème,  « pratiqueguidez » la consigne, la démarche méthodologique, le raisonnement, l’exploitation du raisonnement et la présentation de ce dernier. Puis recommencez avec des problèmes de même structure.

En français, une analyse de texte est tout aussi bien « pratiqueguidable ».

Un bémol cependant : N’attendez pas de retour rapide. L’installation de toutes ces démarches prend du temps et nécessite un maximum d’énergie. Les élèves doivent s’accoutumer à ce type de travail. Mais par expérience, une fois l’état d’esprit  « pratique guidée » installé, le travail paie !

 

Conclusion

Contrairement aux idées reçues, la démarche en pédagogie explicite est flexible au sein des différentes étapes. Chacun compose avec son expérience et son public. Certaines étapes pourront parfois être sautées. D’autres nécessiteront d’être répétées. Parfois même, vous échouerez et il faudra recommencer avec un angle d’approche différent.

La pédagogie explicite ne propose pas de solution miracle, à l’inverse de ce qu’affirment ses détracteurs. En revanche elle offre des habitudes de travail, des réflexes, la mise en place d’un état d’esprit dynamique et une rigueur qui permettent à une majorité d’élèves de réussir. Dans ce contexte, la pratique guidée est une étape à penser, à soigner, à peaufiner sans cesse.

Si vous voulez, comme le disent les canadiens, amener vos jeunes à vivre du succès dans leur travail en salle de classe, la pratique guidée doit être impérativement réussie.

 

NB : Le verbe « pratiqueguider » et l’adjectif « pratiqueguidable » appartiennent à l’Appex !

 

 

Mise à jour le Lundi, 26 Août 2013 20:42  

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